Structurer son activité d’architecte d’intérieur, c’est un sujet que j’aurais aimé prendre au sérieux beaucoup plus tôt. Après 13 ans de métier, j’ai une conviction assez simple : on peut être très bonne dans son domaine et se sentir complètement perdue lorsqu’il s’agit de faire tourner son entreprise.
Et je sais de quoi je parle !
Quand on choisit de devenir architecte d’intérieur ou décoratrice, c’est généralement parce qu’on aime créer, imaginer, transformer les espaces et accompagner les gens dans leurs projets. On se forme à un métier, on développe ses compétences et on se lance avec l’envie de faire de belles choses.
Sauf qu’une fois à son compte, la réalité nous rattrape assez vite. Il faut trouver des clients, construire ses prestations, défendre ses tarifs, gérer les imprévus et prendre des décisions qui n’ont parfois plus grand-chose à voir avec la décoration.
J’ai appris énormément de choses sur le terrain, parfois dans la douleur, et je continue d’apprendre aujourd’hui. Mais avec le recul, je mesure surtout à quel point certaines difficultés auraient pu être évitées si j’avais abordé mon activité comme une entreprise à part entière beaucoup plus tôt.
Aimer son métier ne suffit pas pour en vivre
C’est probablement l’une des premières choses qu’il faut accepter lorsqu’on se lance.
Tu peux avoir énormément de talent, être passionnée, travailler sérieusement et faire des clients heureux sans pour autant réussir à développer une activité rentable.
Parce qu’au-delà de la qualité de tes projets, il faut aussi savoir vendre ton travail, anticiper tes charges, organiser tes journées et comprendre pourquoi certaines prestations te rapportent de l’argent tandis que d’autres t’en coûtent presque.
Le plus compliqué, c’est que nous n’avons pas toutes les mêmes facilités avec ces sujets. Certaines sont à l’aise avec les chiffres mais détestent prospecter. D’autres adorent échanger avec leurs clients, mais se sentent beaucoup moins sereines lorsqu’il faut annoncer un prix ou refuser une demande supplémentaire.
Et franchement, c’est normal. Personne n’excelle partout !
En revanche, ignorer les sujets qui nous mettent mal à l’aise finit rarement par les faire disparaître. Au contraire, ils prennent souvent de plus en plus de place dans notre quotidien.
Un agenda rempli ne fait pas forcément une entreprise rentable
Pendant longtemps, j’ai accordé énormément d’importance à la satisfaction de mes clients. Je voulais bien faire, être disponible et m’adapter au maximum.
C’est une qualité, jusqu’au moment où elle commence à se retourner contre toi.
Avec l’expérience, j’ai compris qu’une prestation ne devait pas seulement être agréable pour le client. Elle devait aussi être viable pour mon entreprise.
Prenons un exemple très courant. Tu signes un projet qui semble intéressant sur le papier, mais au fil des semaines, les demandes s’ajoutent. Les échanges se multiplient, les modifications prennent plus de temps que prévu et tu finis par travailler beaucoup plus que ce que tu avais initialement chiffré.
Le client est peut-être ravi du résultat. Mais financièrement, l’opération est loin d’être aussi intéressante que prévu.
Et c’est précisément pour éviter ce genre de situation qu’il faut apprendre à regarder la rentabilité réelle de ses missions, et pas seulement le montant inscrit sur le devis.
Le chiffre d’affaires est important, évidemment, mais il ne raconte pas toute l’histoire. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est aussi de savoir combien de temps un projet va mobiliser, ce qu’il implique en matière d’organisation et s’il correspond réellement à ma manière de travailler.
Parce que remplir son agenda au point de ne plus avoir une minute pour soi n’a jamais été un objectif en soi.
Le cadre client fait partie de la prestation
Je suis quelqu’un de naturellement généreuse, spontanée et plutôt extravertie. Pendant des années, cette personnalité a beaucoup influencé ma façon de travailler avec mes clients.
J’avais des CGV, des conditions précises et des limites théoriquement définies. Mais je n’étais pas toujours à l’aise pour les rappeler oralement, de peur de casser la relation ou de paraître trop rigide.
Résultat, certains clients se permettaient beaucoup de choses. Des messages le week-end, des modifications à répétition ou des demandes qui dépassaient largement le périmètre initial.
Évidemment, ce n’était pas toujours volontaire de leur part. Seulement, lorsque tu laisses une relation s’installer sans expliquer clairement ton fonctionnement, tu prends le risque de devoir la recadrer plus tard.
Et crois-moi, c’est beaucoup moins agréable !
Aujourd’hui, je considère que la qualité d’un accompagnement passe aussi par la manière dont il est organisé. Le client doit comprendre ce qu’il achète, comment le projet va se dérouler et ce que chacun s’engage à respecter.
Ça ne retire rien à la créativité ni à l’humain. Au contraire, un cadre clair permet de travailler beaucoup plus sereinement.
J’ai d’ailleurs consacré un article à la mise en place des process en architecture d’intérieur, parce que c’est un sujet sur lequel j’ai moi-même mis du temps à évoluer.
Apprendre à facturer sans se mettre à la place du client
Les tarifs sont un autre grand sujet, et non des moindres !
Je me suis longtemps posé des questions qui n’avaient finalement pas lieu d’être.
- Est-ce que je mettrais personnellement cette somme dans un accompagnement ?
- Est-ce que le client va trouver cela trop cher ?
- Est-ce que je ne devrais pas ajuster un peu mon prix ?
Le problème, c’est qu’en raisonnant ainsi, je mélangeais mon propre rapport à l’argent avec celui de mes clients.
Or, ce n’est pas parce que je sais concevoir un espace et que je préfère consacrer mon budget personnel à d’autres choses que mes prestations n’ont pas de valeur pour quelqu’un qui recherche précisément cette expertise.
J’ai également commencé avec la volonté de rendre mon métier accessible au plus grand nombre. L’intention était sincère, mais j’ai rapidement compris qu’on ne pouvait pas construire une entreprise rentable en essayant de satisfaire toutes les bourses.
Il faut bien sûr tenir compte du marché et de la réalité des projets. Mais un tarif doit également intégrer le temps de travail, les charges, l’expertise mobilisée et la marge nécessaire pour faire vivre son activité.
Quand une proposition dépasse le budget d’un prospect, il est toujours possible d’étudier un périmètre différent. En revanche, réduire systématiquement ses honoraires par peur de perdre une mission n’est pas une stratégie viable.
Et cette prise de conscience change beaucoup de choses, notamment dans la manière de présenter son offre et d’assumer sa posture professionnelle.
Attirer des clients ne suffit pas si ce ne sont pas les bons
La prospection est souvent présentée comme l’une des grandes difficultés de l’entrepreneuriat. Pourtant, avec les années, je me suis rendu compte que le nombre de demandes reçues n’était pas le seul sujet.
Encore faut-il que ces demandes correspondent réellement à ce que tu souhaites proposer.
J’ai eu la chance de bénéficier d’une belle visibilité grâce à mes expériences à la télévision, et je ne vais certainement pas prétendre que cela ne m’a pas aidée. Mais cette exposition m’a aussi appris que la manière dont les gens découvrent notre travail influence énormément le type de projets qu’ils nous confient.
Ce constat vaut tout autant pour ton site internet, ton portfolio ou tes réseaux sociaux.
Si tu souhaites développer des missions de rénovation globale, mais que ta communication met principalement en avant des conseils déco ponctuels, il ne faut pas t’étonner de recevoir davantage de demandes pour ces derniers.
La question du positionnement devient alors essentielle. Il ne s’agit pas simplement d’être visible, mais de permettre aux personnes qui découvrent ton univers de comprendre ce que tu proposes, à qui tu t’adresses et pourquoi ton accompagnement pourrait leur convenir.
Avec une offre claire et une communication cohérente, la prospection devient généralement plus facile à piloter. Cela demande du travail et des ajustements, bien sûr, mais au moins tu sais dans quelle direction avancer.
Structurer son activité d’architecte d’intérieur commence par faire des choix
Je rencontre régulièrement des professionnelles talentueuses qui ont développé leur entreprise au fil de l’eau. Elles ont créé des prestations en fonction des demandes, accepté des projets très différents et construit leur organisation petit à petit.
Je comprends parfaitement cette manière de fonctionner puisque je suis passée par là.
Seulement, ce qui permet de démarrer n’est pas nécessairement ce qui permet de durer.
À un moment, il devient important de regarder son activité dans son ensemble pour comprendre ce qui fonctionne réellement et ce qui mérite d’être revu.
Personnellement, je commencerais par quatre grandes questions :
- Mes prestations sont-elles claires et rentables ? Le temps passé et les responsabilités assumées sont-ils cohérents avec mes honoraires ?
- Est-ce que j’attire les projets que j’ai envie de réaliser ? Ou est-ce que je continue d’accepter des missions qui ne correspondent plus à mon positionnement ?
- Ma manière de travailler est-elle suffisamment cadrée ? Les étapes, les échanges et les limites de mes accompagnements sont-ils compréhensibles pour mes clients ?
- Mon organisation me permet-elle de tenir dans la durée ? Est-ce que mon activité me laisse assez de temps pour la développer, et pas uniquement pour honorer les missions en cours ?
Les réponses ne seront pas forcément agréables. Il arrive même qu’elles remettent en question des habitudes installées depuis plusieurs années.
Mais c’est justement l’intérêt de cet exercice : arrêter de chercher des solutions au hasard et commencer à prendre des décisions en fonction de la réalité de son entreprise.
Ce que mes 13 années de métier m’ont donné envie de transmettre
Avec le recul, je mesure à quel point l’entrepreneuriat m’a fait évoluer, bien au-delà de mes compétences d’architecte d’intérieur.
J’ai appris à mieux comprendre mon fonctionnement, à assumer certaines décisions et à accepter qu’il était impossible de satisfaire tout le monde. J’ai aussi découvert que l’on pouvait profondément aimer son métier tout en ayant besoin de revoir sa manière de l’exercer.
Et c’est précisément ce constat qui m’a donné envie de développer mon activité de mentore.
Au fil des années, j’ai reçu de nombreuses questions de professionnelles confrontées aux mêmes difficultés. Des femmes qui maîtrisent leur métier, qui aiment ce qu’elles font, mais qui se sentent parfois seules lorsqu’il s’agit de prendre des décisions pour leur entreprise.
Ce dont elles ont besoin n’est pas forcément d’une nouvelle formation technique. Parfois, il leur manque surtout du recul, un cadre de réflexion et quelqu’un avec qui confronter leurs idées.
C’est dans cet esprit que j’ai construit mon accompagnement one-to-one. Pendant cinq semaines, nous travaillons ensemble sur les fondations de ton activité, en fonction de tes besoins et de ta réalité. L’objectif n’est pas de te faire entrer dans un modèle tout prêt, mais de t’aider à structurer une entreprise qui te ressemble et qui puisse tenir dans la durée.
Après 13 ans de terrain, je reste convaincue d’une chose : notre métier est formidable, mais il mérite qu’on lui donne de vraies bases entrepreneuriales.
Parce qu’au fond, à quoi bon avoir choisi de travailler à son compte pour exercer un métier qui nous passionne, si c’est pour finir par subir l’entreprise qu’on a créée ?
Allez bisou,
Jessica