Tu te lances dans un projet client. Tu sais que la première étape, c’est de « montrer ton univers », « comprendre les goûts », « donner à voir ». Alors tu fais ce que tout le monde fait : tu prépares des planches tendance. Une planche bohème, une planche minimaliste, une planche scandinave… Tu lui demandes laquelle lui parle le plus.
Sauf que voilà : ça ne marche pas.
Le client ne sait pas vraiment. Il aime « un peu de tout ». Il prend des éléments dans chaque planche. Tu finis avec un brief impossible à designer.
Pendant longtemps, j’ai cru que c’était moi qui ne savais pas faire. Que mes planches n’étaient pas assez bien construites, que je ne posais pas les bonnes questions. Et puis j’ai compris : ce n’était pas la qualité des planches le problème. C’était la méthode elle-même.
Aujourd’hui, je vais te raconter pourquoi j’ai arrêté les planches tendance et ce que je fais à la place pour cadrer un projet sans noyer mon client de visuels.
Le postulat de départ : pourquoi on en fait toutes au début
La planche tendance (ou moodboard pour les intimes) est censée poser les bases visuelles d’un projet, créer une ambiance, donner une direction esthétique et en théorie, c’est clairement utile.
Mais en pratique ? En architecture d’intérieur, c’est souvent une fausse bonne idée.
Je t’explique pourquoi !
Ce que je croyais que les planches apportaient
Je me disais que proposer une planche d’ambiance dès le début du projet allait aider mes clients. Que ça leur permettrait de mieux se projeter, de se sentir rassurés, de voir tout de suite où on allait.
Et c’est vrai que, sur le moment, ils étaient ravis. Ils avaient des visuels inspirants, une belle harmonie, une direction esthétique. Ils se disaient : « Ça y est, je vois mon futur intérieur ! »
Mais très vite, j’ai compris que quelque chose clochait !
Le problème n°1 : on vient juste de se rencontrer
On a beau avoir fait un brief de qualité, pris le temps d’échanger, posé des bases solides, on ne connait pas encore assez bien son client.
Parce qu’au début d’un projet, la confiance est encore fragile. Le client ne s’est pas totalement livré. Il cherche encore ses mots et parfois même ses envies.
Et entre ce qu’il aime, ce qu’il croit vouloir, et ce dont il a profondément besoin… il y a souvent un monde.
L’identité d’un projet, tout comme celle de nos clients, se dévoile au fil du processus.
Le problème n°2 : on met la charrue avant les bœufs
Au début d’un projet, ce qui compte, ce n’est pas à quoi ça va ressembler, mais pourquoi ça doit exister : Les envies profondes, les besoins réels, les contraintes techniques, l’intention du lieu. Tout ça, ça passe bien avant les matières, les couleurs ou encore les images d’inspiration.
Au moment où on devrait parler de fond, d’intention, de fonction, on balance des images qui plaisent à tout le monde… et à personne.
Le problème n°3 : on sabote sa créativité
Quand un client vient nous voir, c’est souvent parce qu’il a une envie forte, un désir de transformation. Il a du mal à se projeter, certes, mais il est aussi très pressé de voir le résultat.
Alors si vous lui tendez la moindre perche visuelle, son cerveau fonce. Il s’emballe. Il saute toutes les étapes et s’imagine déjà vivre dans ce décor qu’on vient à peine d’esquisser.
Et là où on voudrait prendre le temps de comprendre pourquoi on fait ce projet, d’interroger les usages, la circulation, les volumes, les contraintes… le client, lui, est déjà parti acheter les coussins.
Le problème n°4 : on crée de la frustration côté client
Le client se projette dans un lieu qui n’est pas le sien et forcément, il sera déçu ! Non, Sandrine ne vit pas dans un Haussmannien avec 4m de hauteur sous plafond et 6 portes-fenêtres dans son salon, comme sur la photo.
C’est comme chez le coiffeur : tu montres une photo d’inspi… mais à la fin ta coupe ne ressemblera pas à la fille de la photo.
Côté pro, même combat. Le client s’accroche à cette image initiale. Et sans s’en rendre compte, il te fait glisser du rôle de conceptrice à celui d’exécutante.
“Pourquoi le projet ne ressemble pas exactement à ce que vous m’avez montré au départ ?”
Alors, comment je valide aujourd’hui la direction esthétique ?
Pas avec une planche, mais en posant les bonnes questions et surtout, en étant particulièrement attentive.
Je pars du besoin : pourquoi fait-il appel à moi ? Quels sont ses besoins, ses blocages, ses contraintes ?
Une fois que j’ai saisi les enjeux, je creuse l’univers esthétique : je parle matériaux, ambiances, texture, couleurs. S ’il me montre des inspirations, je lui demande ce qu’il aime dans ces visuels. Je l’interroge également sur son mode de vie, ses habitudes…
Ce ne sont pas des détails : ce sont les vrais fondements du projet et c’est de là que naît la bonne direction.
Ce qu’il faut retenir
- Une planche tendance au début rassure, mais donne une illusion de clarté.
- Elle arrive trop tôt, alors qu’on ne connaît pas encore vraiment son client.
- Elle fait passer l’image avant les intentions, les usages, les contraintes.
- Elle court-circuite la réflexion du client, qui se projette trop vite dans une solution figée.
- Elle crée de la frustration, des malentendus… et une posture floue pour nous, pros.
Conclusion
Arrêter les planches tendance ne veut pas dire arrêter d’écouter ton client.
Bien au contraire. Ça veut dire l’écouter mieux, plus tard, et au bon moment dans le process.
Quand tu poses un vrai brief en amont, quand tu prends le temps de comprendre son mode de vie avant de parler esthétique, tu gagnes deux choses : un projet qui correspond vraiment à lui, et la liberté créative de proposer quelque chose qu’il n’aurait jamais imaginé seul.
C’est ça, la vraie valeur de notre métier.
Pas de mettre en images ce que le client a déjà en tête, mais de lui montrer ce qu’il ne voyait pas encore.
Arrêter les planches tendance n’a pas été une décision technique. Ça a été une décision de posture. Et c’est ce genre d’ajustement qui change tout dans une activité d’architecte d’intérieur : pas un outil de plus, mais une manière différente de se positionner face à son client.
Si tu sens que tu es prête à interroger ta méthode, ta posture et tes process avec quelqu’un qui connaît bien le métier, c’est exactement le travail que je fais dans le mentorat : découvrir mes accompagnements